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Retour au BlogIntégrité des documents 1 octobre 2026 8 min de lecture

Preuve numérique et chaîne de conservation — utiliser le hash pour préserver captures d'écran, PDF et fichiers

Une capture d'écran seule prouve peu. Comprenez ce qu'est la chaîne de conservation (chain of custody) de la preuve numérique, la place du hash SHA-256, ce qu'il prouve (et ce qu'il ne prouve pas), et une méthode pas à pas pour préserver captures, PDF, audios et documents.

Equipe RoseLab Verificado

Captures de conversations, PDF, messages vocaux, photos et tableurs figurent aujourd'hui dans presque tous les litiges. Et presque tous les avocats ont entendu l'objection de la partie adverse : « cette capture a pu être retouchée ». La réponse technique à cette objection porte un nom — la chaîne de conservation de la preuve (en anglais chain of custody) — et son outil le plus élémentaire est le hash.

Ce guide explique, sans jargon juridique ni technique, comment le hash aide à préserver une preuve numérique, ce qu'il peut prouver, ce qu'il ne peut pas, et comment tenir un registre simple et cohérent de vos fichiers.

Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil juridique adapté à votre situation.

Le problème : un fichier numérique n'a pas d'« original »

Un contrat papier a un original physique, avec signatures, ratures visibles et traces du temps. Un fichier numérique non : chaque copie est identique à la précédente, et une modification soignée ne laisse aucune trace visible. C'est pourquoi une capture d'écran, à elle seule, convainc peu — en la regardant, impossible de savoir si elle montre ce qui était à l'écran ou ce que quelqu'un a voulu montrer.

La question du juge, de l'expert et de la partie adverse est toujours la même : comment savoir que ce fichier est bien celui qui a été recueilli à l'époque ?

Qu'est-ce que la chaîne de conservation

La chaîne de conservation est le registre chronologique de tout ce qui est arrivé à la preuve depuis sa découverte : qui l'a recueillie, quand, comment, où elle a été conservée, qui y a eu accès et ce qui en a été fait. Les juridictions l'attendent, en particulier en matière pénale, et la norme internationale de référence pour le traitement des preuves numériques est l'ISO/IEC 27037.

La logique vaut pour toute preuve numérique, dans tous les domaines : plus le registre est complet et vérifiable, moins il reste de place pour une contestation.

Où intervient le hash

Le hash SHA-256 est l'« empreinte digitale » du fichier : la moindre modification produit un hash totalement différent. Dans la chaîne de conservation, il joue le rôle d'un scellé numérique :

  1. Au moment du recueil, on calcule le hash du fichier et on note la valeur ;
  2. À tout moment ensuite — lors de l'expertise, à l'audience, des années plus tard —, on le recalcule ;
  3. Si les valeurs concordent, le fichier est bit pour bit identique à celui qui a été recueilli.

C'est exactement ce que font les experts lorsqu'ils copient un téléphone ou un disque saisi : ils calculent le hash de l'original et de la copie et les consignent dans leur rapport. Pour le concept en détail, voir le hash SHA-256 et la vérification de l'intégrité.

Ce que le hash prouve — et ce qu'il ne prouve PAS

C'est le point qui crée le plus de confusion, et mieux vaut être honnête.

Le hash prouve : que le fichier n'a pas changé depuis le moment où le hash a été calculé et consigné.

Le hash ne prouve pas :

  • que la capture n'a pas été retouchée avant le calcul du hash. Si quelqu'un a fabriqué l'image puis calculé son hash, le hash « garantira » le montage ;
  • qui a créé le fichier ;
  • quand il a été créé — la date du système d'exploitation se modifie facilement ;
  • que le contenu est vrai — seulement qu'il est le même.

Autrement dit : le hash vaut ce que valent le moment et la manière dont il a été consigné. Un hash calculé au moment du recueil, par un tiers, avec une date fiable, vaut bien plus qu'un hash calculé par la partie elle-même des mois plus tard.

« Comment savoir si une capture d'écran a été modifiée ? »

C'est l'une des questions les plus recherchées, et la réponse honnête est : à partir de la seule image, aucun outil en ligne ne peut le garantir. Des indices comme des bords mal alignés, des polices différentes ou des ombres incohérentes peuvent éveiller des soupçons, mais ne prouvent rien — et une retouche soignée n'en laisse aucun.

La bonne approche est inverse : plutôt que de chercher à prouver après coup que la capture n'a pas été retouchée, préservez la preuve de façon à rendre la retouche invraisemblable :

  • enregistrez la conversation ou la page à la source (l'appareil lui-même, le lien d'origine), pas seulement l'image recadrée ;
  • préférez le fichier d'origine à la capture (l'export de la conversation, le PDF téléchargé depuis le système, le fichier audio original) ;
  • calculez et consignez le hash au moment du recueil ;
  • quand la preuve est décisive, faites appel à un tiers doté d'une méthode documentée : en France, un constat de commissaire de justice (ex-huissier), notamment le constat sur internet réalisé selon la norme NF Z67-147, un expert judiciaire, ou un service de capture qui enregistre métadonnées, hash et horodatage.

Pas à pas : préserver une preuve numérique avec un hash

Pour les fichiers du quotidien d'un cabinet ou d'une entreprise — contrats reçus, justificatifs, PDF issus de systèmes, enregistrements audio —, une procédure simple renforce déjà beaucoup la preuve :

  1. Conservez le fichier d'origine, tel que reçu. Ne l'ouvrez pas pour l'enregistrer par-dessus, ne le convertissez pas, n'« améliorez » pas l'image ;
  2. Calculez le hash SHA-256 — par exemple en déposant le fichier dans le vérificateur d'intégrité, qui le calcule dans votre navigateur sans envoyer le fichier nulle part ;
  3. Consignez-le dans un document à part : nom du fichier, hash, date et heure, qui l'a recueilli, d'où il vient (e-mail de X, système Y, appareil Z) ;
  4. Fixez la date par un moyen indépendant — vous envoyer le registre par e-mail, ainsi qu'au client, crée déjà une trace extérieure ; pour les dossiers sensibles, un horodatage qualifié délivré par un prestataire de confiance au sens du règlement eIDAS donne à la date une valeur juridique ;
  5. Stockez l'original dans un lieu maîtrisé, idéalement avec une seconde copie — et toute copie doit avoir le même hash ;
  6. Au moment de produire la pièce, indiquez le hash dans vos écritures ou en annexe, pour que chacun puisse le recalculer et le vérifier.

Exemple de registre (modèle simple)

Champ Exemple
Fichier export_conversation_2026-09-14.pdf
SHA-256 0dcc72df…33dec714 (les 64 caractères complets)
Recueilli le 14/09/2026, 10 h 32
Recueilli par Nom de la personne responsable
Origine Export réalisé sur le téléphone du client, en présence de …
Conservation Dossier de l'affaire + copie sur support externe (même hash)

Ce registre, signé et daté, est l'embryon d'une attestation d'intégrité — un document déclarant le hash de chaque fichier remis.

Comment citer un hash dans des conclusions ou un rapport

Un format clair et facile à vérifier :

Le fichier « contrat_signe.pdf », communiqué en pièce n° 3, a pour empreinte SHA-256 0dcc72df86128c750bd88c5347d66a064f1c9137ff3a2ac0221c4feb33dec714, calculée le 14/09/2026, vérifiable au moyen de tout outil de calcul SHA-256.

Indiquez toujours l'algorithme (SHA-256), la valeur complète (64 caractères) et la date du calcul.

Attention : ce qui rompt la chaîne de conservation sans que vous le remarquiez

  • Ouvrir et enregistrer le fichier (le logiciel réécrit des métadonnées et le hash change) ;
  • Envoyer une photo en tant que photo sur WhatsApp (l'appli la recompresse ; envoyez-la comme document) ;
  • Convertir le format (Word en PDF, HEIC en JPG) et jeter l'original ;
  • Fusionner, compresser ou diviser un PDF déjà signé électroniquement — le nouveau fichier ne porte plus de signature valide. Gardez toujours l'original intact et travaillez sur des copies.

Questions fréquentes

Une capture d'écran avec un hash vaut-elle preuve ? Le hash renforce la preuve en montrant que le fichier n'a pas changé depuis qu'il a été consigné, mais il ne prouve pas que la capture n'a pas été retouchée avant. La force probante dépend de l'ensemble : origine, méthode de recueil, moment du hash, témoins, constat ou expertise.

À quoi sert de consigner le SHA-256 d'une preuve dans un rapport ? À permettre à quiconque, à tout moment, de vérifier que la preuve analysée est exactement celle qui a été recueillie. Sans hash consigné, cette vérification est impossible.

Déplacer le fichier dans un autre dossier nuit-il à la preuve ? Non, tant que le contenu ne change pas — le hash reste le même. D'autres questions de ce type dans hash d'un fichier : 12 questions fréquentes.

Hash et horodatage, c'est la même chose ? Non. Le hash prouve que le fichier n'a pas changé ; l'horodatage prouve quand ce hash existait déjà. Ensemble, ils prouvent que ce fichier précis existait à cette date. La différence est détaillée dans notre guide de cryptographie des documents.

Est-il sûr de calculer en ligne le hash d'une preuve confidentielle ? Cela dépend de l'outil. Dans le vérificateur de RoseLab, le calcul se fait dans votre navigateur et le fichier n'est envoyé à aucun serveur — la preuve ne circule donc pas chez des tiers.

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